Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 1.djvu/441

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prospérité de Gordien périt avec son ministre, qui mourut d’une dyssenterie. [Artifices de Philippe. A. D. 243.]On eut de violens soupçons qu’il avait été empoisonné. Philippe, qui fut, ensuite nommé préfet du prétoire, était Arabe de naissance ; ainsi il avait exercé dans les premières années de sa jeunesse le métier de brigand. Son élévation suppose de l’audace et des talens. Mais son audace lui inspira le projet ambitieux de monter sur le trône, et il fit usage de ses talens pour perdre un maître trop indulgent. Au lieu de le servir, par ses menées artificieuses, il fit naître dans le camp une disette factice. Les soldats irrités attribuèrent cette calamité à la jeunesse et à l’incapacité du prince. Le défaut de matériaux nous empêche de rendre compte des complots secrets et de la rebellion ouverte qui précipitèrent du trône l’infortuné Gordien. [Meurtre de Gordien. A. D. 244, Mars.] On éleva un monument à sa mémoire dans l’endroit[1] où il avait été tué, près du confluent de l’Euphrate et de la petite rivière du Chaboras[2]. L’heureux

  1. À vingt milles environ de la petite ville de Circésium (*), sur la frontière des deux empires.
    (*) Aujourd’hui Kerkisia, placée dans l’angle que forme l’embouchure du Chaboras ou Al-Khabour avec l’Euphrate. Cette situation parut tellement avantageuse à Dioclétien, qu’il y ajouta des fortifications pour en faire le boulevard de l’empire dans cette partie de la Mésopotamie. (D’Anville, Géogr. anc., t. II, p. 196.) (Note de l’Éditeur.)
  2. L’inscription, qui contenait un jeu de mots fort singulier, fut effacée par ordre de Licinius, qui se disait parent de Philippe (Hist. Aug., p. 165) ; mais le tumulus, ou monceau de terre qui formait le sépulcre, subsistait encore du temps de Julien. Voyez Ammien-Marcellin, XXIII, 5.