Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 13.djvu/30

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pereur grec avait envahi la Thrace ; que les flottes, de Venise, de Gênes et de Bourgogne occupaient l’Hellespont, et que les alliés, informes de la victoire de Ladislas, et ignorant le traité, attendaient impatiemment le retour de son armée. « Est-ce donc ainsi, s’écria le cardinal relevé par ces heureuses nouvelles[1], que vous tromperez leurs espérances et que vous abandonnerez votre propre fortune ? C’est à eux, c’est à votre Dieu et aux chrétiens vos frères que vous avez engagé votre foi ; cette première obligation annulle un serment imprudent et sacrilége fait aux ennemis de Jésus-Christ. Le pape est son vicaire dans ce monde ; vous ne pouvez légitimement ni promettre ni agir sans sa sanction. C’est en son nom que je sanctifie vos armes et que je vous absous du parjure. Suivez-moi dans le chemin du salut et, de la gloire ; et s’il vous reste encore des scrupules, rejetez sur moi le crime et le châtiment. » L’inconstance des assemblées populaires et le caractère sacré du légat secondèrent ses funestes argumens : on résolut la guerre dans le même lieu où

  1. Je ne prétends pas garantir l’exactitude littérale du discours de Julien, dont les expressions varient dans Callimaque (l. III, p. 505-507), dans Bonfinius (Décade III, l. VI, p. 457, 458) et dans d’autres historiens, qui ont peut-être employé leur propre éloquence en faisant parler les orateurs de ce siècle : mais ils conviennent tous qu’il conseilla le parjure que les protestans ont censuré amèrement, et que les catholiques, découragés par la défaite de Warna, ont faiblement défendu.