Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 7.djvu/210

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qu’il donna au public, objet non moins important aux yeux de la multitude, que le symbole de Nicée et de Chalcédoine. Les dépenses de son consulat furent évaluées à deux cent quatre-vingt-huit mille pièces d’or ; vingt lions et trente léopards parurent en une seule fois dans l’amphithéâtre, et les conducteurs de char qui avaient remporté le prix aux jeux du Cirque, reçurent en outre de lui un don extraordinaire de chevaux richement harnachés. En même temps qu’il favorisait les goûts du peuple de Constantinople et prêtait l’oreille aux requêtes des rois étrangers, il cultivait avec soin l’affection du sénat. Ce nom toujours respectable semblait autoriser les sénateurs à déclarer le vœu de la nation, et à régler la succession au trône impérial. Le faible Anastase avait laissé la vigueur du gouvernement se perdre dans une sorte d’aristocratie, et les officiers militaires qui obtenaient le rang de sénateur, continuaient à marcher escortés de leur garde particulière, composée d’une troupe de vétérans dont les armes ou les acclamations pouvaient, dans un tumulte populaire, disposer du diadème de l’Orient. On prodigua les trésors de l’état pour acheter les sénateurs, et d’une voix unanime ils prièrent l’empereur de vouloir bien adopter Justinien pour son collègue ; mais cette requête, qui avertissait trop clairement Justin de sa fin prochaine, fut mal reçue d’un vieux monarque ombrageux par caractère, et jaloux de conserver un pouvoir qu’il ne pouvait plus exercer ; retenant sa pourpre des deux mains, il leur conseilla, puisque