Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 7.djvu/327

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Le prince sentit la justesse de cet avis ; et, confondu de cette hardiesse inusitée d’un sujet si respectueux, il aurait peut-être renoncé à la guerre d’Afrique, si une voix, qui fit taire les doutes de la profane raison, n’eût ranimé son courage. « J’ai eu une vision, s’écria un évêque d’Orient, charlatan ou fanatique : empereur, la volonté du ciel est que vous n’abandonniez pas votre sainte entreprise pour la délivrance de l’Église d’Afrique. Le Dieu des batailles marchera devant votre étendard et il dispersera vos ennemis, qui sont les ennemis de son Fils. » Justinien put être tenté de croire à une révélation qui arrivait si à propos : ses ministres y furent obligés ; mais la révolte que les partisans d’Hilderic ou de saint Athanase venaient d’exciter sur la frontière de la monarchie vandale, leur donna quelques motifs d’espérance un peu plus raisonnables. L’Africain Pudentius avait instruit en secret la cour de Constantinople de la fidélité qu’il gardait à son souverain, et quelques troupes qu’on lui envoya suffirent pour remettre la province de Tripoli sous la domination des Romains. Godas, Barbare valeureux, qui commandait en Sardaigne, suspendit le payement du tribut, refusa d’obéir à l’usurpateur, et donna audience aux émissaires de Justinien, qui le trouvèrent maître de cette île fertile, environné d’une garde nombreuse, et orgueilleusement revêtu des ornemens de la royauté. La discorde et la défiance diminuaient les forces des Vandales, tandis que les armées de l’empire étaient animées de l’esprit de Bélisaire, dont le nom héroï-