Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 7.djvu/36

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royaumes, et après de longues et inutiles négociations, les deux rois proposèrent et acceptèrent une entrevue. Clovis et Alaric se virent dans une petite île de la Loire, près d’Amboise. Ils s’embrassèrent, conversèrent familièrement, mangèrent ensemble, et se séparèrent avec les plus vives démonstrations d’union et d’amitié fraternelle ; mais cette réconciliation apparente cachait, sous l’air de la confiance, des soupçons réciproques d’ambition et de perfidie, et les plaintes des deux monarques sollicitèrent, éludèrent et rejetèrent également une convention définitive. De retour à Paris, dont il faisait déjà le siége de son gouvernement, Clovis annonça devant une assemblée de princes et de guerriers ses motifs et ses prétextes de guerre contre les Goths. « Je ne puis souffrir, leur dit-il, de voir des ariens posséder la plus belle partie de la Gaule. Marchons contre eux avec l’aide de Dieu ; et quand nous aurons vaincu les hérétiques, nous partagerons et posséderons leurs fertiles provinces[1]. » Les Francs, toujours pleins de leur ancienne valeur, et animés par le zèle d’une religion nouvelle, applaudirent au généreux dessein de leur monarque, déclarèrent qu’ils voulaient vaincre ou mourir, la victoire et la mort de-

  1. Saint Grégoire de Tours (l. II, c. 37, t. II, p. 181) insère le discours concis, mais persuasif de Clovis. Valde molestè fero, quod hi ariani partem teneant Galliarum. L’auteur des Gesta Francorumvant (t. II, p. 553) ajoute l’importante épithète d’optimam. Eamus cum Dei adjutorio, et, superatis eis, redigamus terram in ditionem nostram.