Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 7.djvu/391

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


qui abhorraient le nom et la religion des Goths, favorisèrent les Romains, sous prétexte que leurs murailles ruinées ne pouvaient se défendre ; les soldats payaient exactement les abondantes provisions qui leur étaient fournies, et la curiosité seule interrompit les paisibles travaux du laboureur ou de l’artisan. Naples, qui est devenue une grande capitale très-peuplée, avait gardé long-temps la langue et les mœurs d’une colonie grecque[1] ; et le choix de Virgile avait donné de la réputation à cette agréable retraite, où les amans du repos et de l’étude allaient respirer loin du bruit, de la fumée et de la pénible opulence de Rome[2]. Aussitôt que la place fut investie par mer et par terre, Bélisaire reçut les députés du peuple, qui lui conseillèrent de ne pas s’occuper d’une conquête indigne de ses armes, d’attaquer le roi des Goths en bataille rangée, et après la victoire, de réclamer, comme souverain de Rome, la fidélité des villes qui en dépendaient. « Lorsque

  1. Néron, dit Tacite (Ann. XV, 35), Neapolim quasi urbem græcam delegit. Cent cinquante ans après, au temps de Sept.-Sévère, Philostrate donne des éloges à l’Hellénisme des Napolitains : γενος Ελληνες και αςυκοι, οθεν και τας σπȢδας των λογων Ελληνικοι εισι. (Icon. l. I, p. 763, edit. Olear.)
  2. Virgile, Horace, Silius Italicus et Stace célèbrent le repos de Naples. (Cluvier, Ital. antiq., l. IV, p. 1149, 1150.) Il nous reste une agréable épître de Stace (Sylv., l. III, 5, p. 94-98, édit. de Markland), où il entreprend la difficile tâche d’arracher sa femme aux plaisirs de Rome pour la conduite dans cette paisible retraite.