Page:Gide - De l’influence en littérature.djvu/38

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ou ailleurs, il nous faut changer de manteau. — L’artiste véritable cherchera, derrière l’œuvre, l’homme, et c’est de lui qu’il apprendra.

La franche imitation n’a rien à faire avec le pastiche qui toujours reste besogne sournoise et cachée. — Par quelle aberration aujourd’hui n’osons-nous plus imiter, c’est ce qu’il serait trop long de dire — d’ailleurs tout cela se tient et si l’on m’a suivi jusqu’ici l’on me comprendra sans peine. — Les grands artistes n’ont jamais craint d’imiter.

Michel Ange imita d’abord si résolument les antiques que, certaines de ses statues — (entre autres un Cupidon endormi), il s’amusa de les faire passer pour des statues retrouvées dans des fouilles. — Une autre statue de l’amour fut, raconte-t-on, enterrée par lui, puis exhumée comme marbre grec.

Montaigne, dans sa fréquentation des anciens, se compare aux abeilles qui « pillottent de ça de là les rieurs, mais qui en font après le miel, qui est tout leur — ce n’est plus dit-il, thym ne marjoleine. » — Non, c’est du Montaigne, et tant mieux.