Page:Gide - De l’influence en littérature.djvu/39

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Mesdames et Messieurs,

Je m’étais promis de faire, après l’apologie de l’influencé, celle de l’influenceur. À présent elle ne m’apparait plus bien utile. L’apologie de l’influenceur — ne serait-ce pas celle du « grand homme » ? Tout grand homme est un influenceur. — Artiste, ses écrits, ses tableaux ne sont qu’une part de son œuvre : son influence l’explique, la continue. Descartes n’est pas seulement l’auteur du Discours de la Méthode, de la Dioptrique et des Méditations ; il est l’auteur aussi du Cartésianisme. — Parfois même l’influence de l’homme est plus importante que son œuvre : parfois elle s’en détache et ne semble la suivre que de très loin ; — telle est, à travers des siècles d’inaction, celle de la Poétique d’Aristote sur le xviie siècle français. Parfois enfin, l’influence est l’œuvre unique, comme il advint pour ces deux uniques figures, que j’ose à peine citer, de Socrate et du Christ.


On a souvent parlé de la responsabilité des grands hommes. — On n’a point tant reproché au Christ tous les martyrs que le Christianisme avait fait car l’idée de salut s’y mêlait) — qu’on ne reproche encore à tel écrivain le retentissement parfois tragique de ses idées. — Après Werther, d’après Werther, on dit qu’il y eut une épidémie de suicides. De même en Russie, après un poème de Lermontof. —