Page:Gide - Principes d’économie politique.djvu/16

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et l’idée de liberté. Mais cette opposition apparente tient à une double erreur qui porte à la fois sur le sens du mot loi naturelle et sur celui de libre-arbitre.

En ce qui concerne la loi naturelle, on se la représente sous l’image d’une puissance qui porte le glaive — comme la figure de la Loi dans les tableaux allégoriques — et qui veut être obéie. Or, la loi naturelle n’exprime rien de plus que certains rapports qui s’établissent spontanément entre les choses ou les hommes, rapports nécessaires, il est vrai, mais seulement si certaines conditions préalables sont remplies. Les atomes d’oxygène et d’hydrogène ne sont pas forcés de faire de l’eau, mais si un atome du premier de ces éléments et deux du second sont mis en présence sous certaines conditions de température, de pression, etc., ils formeront de l’eau. De même les hommes ne sont pas forcés à vendre et à acheter, mais si un homme disposé à vendre est mis en présence d’un homme disposé à acheter, et si leurs prétentions ne sont pas inconciliables, ils conclueront nécessairement un marché à un certain prix qu’on peut déterminer, et ce n’en sera pas moins un libre contrat.

En ce qui concerne le libre-arbitre, on se le représente vulgairement comme la faculté de « faire à sa tête », en d’autres termes, comme une forme du caprice. Cependant il suffit d’y réfléchir pour voir que le fait d’agir sans cause appréciable serait l’acte d’un insensé et que tout homme raisonnable, au contraire, obéit dans sa conduite à certains motifs en d’autres termes, ne se détermine pas sans cause.

Il serait donc très facile à l’économiste de prévoir à coup sûr la conduite d’un homme si cet homme n’était mû que par un seul mobile — (par exemple, le désir de s’enrichir) — aussi sûrement que la direction d’un corps qui tombe vers la terre. Hâtons-nous de dire que ce cas simple ne se présente jamais, ou n’existe qu’à l’état de pure hypothèse imaginée pour simplifier le problème. Toujours plusieurs causes concourent, et l’économiste, en supposant même qu’il connût toutes ces causes, ne pourrait prévoir laquelle l’emportera pour un individu donné et dans un cas donné. Mais du moins