Page:Gide - Principes d’économie politique.djvu/27

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trop à verser dans l’érudition et à perdre de vue les conditions générales qui déterminent partout les phénomènes économiques. S’il fallait renoncer à découvrir, sous les manifestations changeantes des phénomènes, des rapports permanents et des lois générales, il faudrait renoncer définitivement à constituer l’économie politique comme science ; or, si dangereuses que puissent être pour la science des hypothèses téméraires, elles le seraient infiniment moins que cet aveu d’impuissance (V. ci-dessus, p. 7-10). Si justifiées que puissent être, à certains égards, les railleries que l’on a dirigées contre l’homme abstrait, l’homo œconomicus de l’école classique, il faut bien admettre cependant qu’il y a certains caractères généraux propres à l’espèce humaine, et la meilleure preuve qu’on puisse en trouver est précisément dans l’histoire, puisque celle-ci nous montre que partout où des sociétés humaines se sont trouvées placées dans des conditions analogues, elles ont reproduit des types similaires régime féodal en Europe au XIIe siècle et an Japon jusqu’au XIXe siècle, formes successives de ]a propriété et du mariage, emploi simultané des métaux précieux comme monnaie, coutumes funéraires et jusqu’aux contes de fée, tels que celui du Petit Poucet que les « Folk-loristes » retrouvent aujourd’hui plus ou moins identiques sur tous les points du globe.

On ne peut donc pas rejeter absolument l’emploi de la méthode abstraite, ni ces « Supposons que… », familiers à l’école de Ricardo et que l’école historique a en horreur, ni même ses Robinsonades qu’elle raille. Le labyrinthe des faits économiques est bien trop inextricable pour que nous puissions jamais arriver, par le seul secours de l’observation, à nous y reconnaître et à démêler ces rapports fondamentaux qui constituent la matière de toute science[1]. Ce n’est pas

  1. Chevreul, le savant français mort centenaire, disait « Tout fait est une abstraction ». Cette formule, qui paraît bizarre au premier abord, se comprend très bien, si l’on songe que ce que nous appelons un fait c’est quelque chose qui a dû être dégagé d’une foule d’autres faits connexes et pour l’observation duquel il a fallu déjà faire abstraction de beaucoup d’autres choses.