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pression des crises et chômages par le fait que les consommateurs associés ne produiraient plus que dans la proportion de leurs besoins.

IV

LA DÉPENSE DU LOGEMENT.

Entre toutes les dépenses, celle du loyer mérite une étude spéciale, non seulement parce que c’est celle qui tend à absorber une part de plus en plus considérable dans le budget des familles, mais encore parce que c’est elle qui répond au besoin peut-être le plus important au point de vue social.

Dans l’antiquité, le loyer était chose inconnue ; la maison était non seulement le foyer de la famille, mais l’autel des dieux pénates, et chacun, riche ou pauvre, avait la sienne. Aujourd’hui que les exigences de la vie moderne ont refait aux hommes une sorte de vie nomade et ne leur permettent plus de prendre racine là, où ils sont nés, la grande majorité des hommes vit dans des appartements loués. Et toutes les causes sociales, économiques, politiques, qui poussent la population à s’agglomérer dans les grandes villes — centralisation administrative, grande production, développement des chemins de fer, fêtes, spectacles et cafés-concerts — tendent à élever constamment le prix des loyers au grand profit du propriétaire urbain, mais au grand dommage du public[1].

Passe encore pour les riches, ils s’en accommodent aisément ! mais pour les pauvres, c’est une autre affaire. L’élévation du prix des loyers, en forçant les ouvriers à s’entasser dans de misérables taudis, produit les effets les plus déplorables, soit au point de vue de l’hygiène, soit au point de vue de la moralité. La plupart des vices qui affligent la popula-

  1. Il y a cinquante ans (en 1846), la population urbaine représentait un peu moins du quart de la population de la France (24,42 p. 0/0. Aujourd’hui elle en représente beaucoup plus du tiers (37 p. 0/0). En d’autres termes, la population urbaine a augmenté depuis un demi-siècle de plus de 50 p. 0/0. Et la France est un des pays qui compte le moins de grandes villes !