Page:Gide - Principes d’économie politique.djvu/77

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III

COMMENT LA VALEUR SE MESURE PAR L’ÉCHANGE.

Puisque le fondement de la valeur, c’est le désir, pour mesurer la valeur d’une chose, il faut mesurer l’intensité du désir qu’elle provoque en nous. Nous avons dit tout à l’heure que la théorie de l’utilité finale paraissait moins claire que celle du travail en ceci que le désir n’est pas un élément quantitatif et mesurable. Mais pourtant nous avons un moyen de le mesurer c’est de comparer ce désir à quelque autre et de voir lequel est le plus fort, lequel le plus faible, ou s’ils sont égaux, ou dans quel rapport ils sont entre eux. De même que pour mesurer le poids d’un corps quelconque, nous comparons la force attractive que le globe terrestre exerce sur lui à celle qu’elle exerce sur un autre corps, de même nous pouvons mesurer la valeur des choses par le degré d’attraction qu’elles exercent sur nous.

Il est vrai que pour peser les désirs nous n’avons pas de balance, mais nous avons un procédé tout aussi sensible c’est l’échange. Dans tout échange et dans toute société civilisée les échanges constituent la trame de la vie économique chaque coéchangiste est appelé à faire un certain sacrifice pour satisfaire son désir ; il faut qu’il cède une certaine quantité de la richesse qu’il possède pour obtenir celle qu’il convoite. Or, il est clair que l’étendue du sacrifice qu’il est disposé à faire mesure très bien l’intensité de son désir. Si j’échange dix moutons contre un bœuf, n’est-ce pas une preuve que, pour une raison ou pour une autre, je juge qu’un bœuf est dix fois plus désirable qu’un mouton ?

Plus vif est le désir qu’un objet nous inspire, d’autant plus reculée sera la limite à laquelle nous consentirons à nous en dessaisir. Plus haut il est placé dans l’ordre de nos préférences, d’autant plus grande aussi sera la quantité de toute