Page:Gide - Principes d’économie politique.djvu/86

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


résulte pour le producteur une marge de profits considérables qui d’abord stimule la production, puis, par l’accroissement de quantité des produits, rabaisse progressivement l’utilité finale et par suite la valeur d’échange, conformément aux explications que nous avons données. Toutes les fois au contraire que la valeur d’échange est au-dessous des frais de production, il en résulte une perte pour le producteur, et si cette perte devient continue, la production d’abord ne peut manquer de diminuer, puis la diminution de quantité ne peut manquer de relever l’utilité finale et par suite la valeur d’échange.

Voilà pourquoi le coût de production de n’importe quel produit et la valeur de ce produit tendent toujours à s’égaliser et cette relation est une des lois les plus importantes de l’économie politique[1].

Mais il ne faut point dire ; comme on l’a fait longtemps, que la valeur est déterminée par le coût de production. L’école qui voit dans le travail la cause et le fondement de la valeur, est naturellement disposée à voir dans les frais de production la cause de la valeur. Mais on pourrait dire aussi bien, en sens contraire, que c’est la valeur des choses qui détermine leur production et règle les frais qu’il faut faire pour cela. L’art de l’entrepreneur consiste justement à prévoir ce qu’une chose vaudra et à s’arranger de façon à ne pas dépenser pour la produire plus qu’elle ne vaudra s’il est assez habile pour dépenser moins, il recueillera un bénéfice : s’il est assez maladroit pour dépenser plus, il se ruinera, mais la valeur du produit n’en sera pas accrue d’une obole (Voy. Du profit).

Il n’y a donc pas ici de relation nécessaire de cause à effet. Il faut dire simplement que, sous la pression d’une cause extérieure qui est la concurrence et là seulement où celle-ci agit (la preuve, c’est que dans le cas de monopole cette relation

  1. Cette relation entre deux valeurs n’est pas la seule. Il existe d’autres relations entre certains groupes de valeurs, fort intéressantes aussi, mais que nous ne pouvons étudier ici par exemple celle des biens supplémentaires, c’est-à-dire qui peuvent se remplacer (bois ou charbon, argent ou or) ou celle des biens complémentaires, c’est-à-dire qui, bien qu’ayant des utilités distinctes, ont une origine commune (gaz et coke, viande et cuir, fromage et lait, etc.). Voy. l’ouvrage déjà cité de M. Smart.