Page:Gillet - Histoire artistique des ordres mendiants.djvu/206

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la galerie d’un cloître. Au milieu reposent les morts, veillés par quatre cyprès, comme par des flambeaux de deuil aux longues flammes tristes. Le long de ces murs funèbres, une légion de peintres déroula des cycles d’images. Au siècle suivant, Benozzo y exécuta les peintures de l’Ancien Testament. Les fresques dont je m’occupe furent peintes aux environs de 1370 par des artistes inconnus[1].

Ces fresques âpres et rudes, d’un idiome vulgaire et puissant, déclament avec véhémence des idées ascétiques. L’inspiration fougueuse des Prêcheurs du couvent voisin, celui de Sainte-Catherine, s’y fait jour à chaque détail. On croit entendre le tonnerre d’un de ces tribuns sacrés qui abattaient à genoux des foules haletantes, criant grâce et battant leur coulpe. Où est le Saint-Thomas abstrait et scolastique dont je parlais en commençant ? Où sont ses ingénieux problèmes, ses distinctions, sa dialectique ? Qui s’en souvient seulement ici ? Une poigne brutale vous étreint à la gorge et vous happe au collet.

Une des fresques développe et illustre en vingt épisodes les vies des Pères du désert. Sur une paroi de roches, les athlètes de la solitude méditent, prient, lisent, traient des chèvres, déjouent les pièges du démon, combattent des dragons, mettent les satyres en déroute, éventent le Tentateur sous les traits d’une voyageuse ; ils soignent leurs abeilles, cultivent leur jardin, nichent dans des cavernes comme la colombe du Cantique dans les lézardes de la muraille. Des corbeaux leur apportent leur ration quotidienne, et des lions familiers leur fouissent une fosse avec leurs griffes quand leurs membres se raidissent dans le dernier repos.

Le mouvement franciscain avait, par certains de ses

  1. Supino, Il Camposanto di Pisa, Florence, 1896. L’auteur est sans doute un élève de Pietro Lorenzetti. Un charmant petit tableau de ce dernier, aux Offices, traite en miniature le sujet de la Thébaïde.