Page:Girardin - La Canne de M. de Balzac.djvu/105

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palpable : j’en conviens, l’invention n’est pas encore perfectionnée. Il faut même, pour que la canne ait toute sa puissance, qu’on la tienne de la main gauche. Dans la main droite, elle n’a aucune vertu ; on vous voit, on la voit, elle est fort laide, et voilà tout. Mais sitôt que votre main gauche s’en empare, vous disparaissez aux yeux des humains ; on vous cherche… vainement… vous êtes là et vous n’êtes plus là… c’est admirable…

Dans un an, tout le monde aura de ces cannes-là : cela deviendra commun et inutile ; car, si tout le monde est invisible, à quoi servira-t-il de l’être soi-même ? à quoi bon se cacher pour observer des êtres qu’on ne verra pas. Cela serait une nuit universelle, sans intérêt. Heureusement, le procédé est jusqu’à présent inconnu. M. de Balzac est le seul qui en ait usé, peut-être même abusé ; car, nous le disons à regret, peut-être a-t-il manqué de délicatesse en dévoilant ainsi dans ses ouvrages les secrets qu’il avait surpris à l’aide de son invisibilité. N’importe, voilà maintenant son talent expliqué ; nous savons comment il a