Page:Girardin - La Canne de M. de Balzac.djvu/111

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de bienveillance établi chez lui, certains jours à de certaines heures : il protégeait régulièrement une douzaine d’intrigants tous les jeudis dans la matinée.

Tancrède, ainsi recommandé, s’en alla chez le ministre, dont il avait reçu une lettre d’audience. M. le ministre, qui avait été taquiné, tourmenté, épluché la veille par un député de l’opposition — cela s’appelle, je crois, interpellé — M. le ministre était de fort mauvaise humeur ; d’ailleurs, il fallait qu’il parût indigné dans sa réponse à la Chambre, et il se maintenait en courroux pour se préparer à un discours violent ; il traitait son éloquence comme un cheval de course qu’on entraîne avant le combat. M. le ministre bousculait tout le monde — terme de bureaux — il bouscula Tancrède, il ne l’écouta point, lui répondit mal ; enfin, il abusa de sa position pour le blesser sans qu’il eût le droit de se plaindre.

Tancrède se révolta.

— Ah ! monsieur le ministre, pensa-t-il, vous me traitez ainsi parce que je suis un jeune homme inconnu dont vous n’avez rien à crain-