Page:Giraudoux - Électre.djvu/93

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suis moins dur pour elle, qui l’a été tant pour moi !

ÉLECTRE. – C’est justement ce que je ne peux supporter d’elle, qu’elle m’ait mise au monde. C’est là ma honte. Il me semble que par elle je suis entrée dans la vie d’une façon équivoque et que sa maternité n’est qu’une complicité qui nous lie. J’aime tout ce qui, dans ma naissance revient à mon père. J’aime comme il s’est dévêtu, de son beau vêtement de noces, comme il s’est couché, comme tout d’un coup pour m’engendrer, il est sorti de ses pensées et de son corps même. J’aime à ses yeux son cerne de futur père, j’aime cette surprise qui remua son corps le jour où je suis née, à peine perceptible, mais d’où je me sens issue plus que des souffrances et des efforts de ma mère. Je suis née de sa nuit de profond sommeil, de sa maigreur de neuf mois, des consolations qu’il prit avec d’autres femmes pendant que ma mère me portait, du sourire