Page:Giraudoux - Électre.djvu/95

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monde, et soudain, terrifiée, humble, échappait un enfant comme une aïeule hémiplégique. J’avais pitié de cet Égisthe, cruel, tyran, et dont le destin était de mourir un jour misérablement sous tes coups… Tous les motifs que je trouvais de les haïr me les laissaient au contraire humains, pitoyables, mais dès que les haines de détail avaient bien lavé, paré, rehaussé ces deux êtres, au moment où vis-à-vis d’eux je me retrouvais douce, obéissante, une vague plus lourde et plus chargée de haine commune s’abattait à nouveau sur eux. Je les hais d’une haine qui n’est pas à moi.

ORESTE. – Je suis là. Elle va cesser.

ÉLECTRE. – Crois-tu ? Autrefois je pensais que ton retour me libérerait de cette haine. Je pensais que mon mal venait de ce que tu étais loin. Je me préparais pour ta venue à ne plus être qu’un bloc de tendresse, de tendresse pour tous, de tendresse pour eux. J’avais tort. Mon