Page:Giraudoux - Simon le pathétique.djvu/184

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moi-même indiscrète et sa présence n’était pas quelquefois le remède exact à ma peine. Je feignais de croire, moi, à son Sosie, et peut-être l’un de nous n’était-il jamais qu’avec l’ombre de l’autre. Mais il m’arrivait, quand je suivais de trop près ma lettre, de trouver Anne nerveuse ; elle bousculait un des objets qu’elle me savait aimer, elle avait un mot injuste pour cette Anne mêlancolique et tendre à laquelle je venais d’écrire, et la traitait avec dédain. Alors, décidé à ne rien supporter d’elle, à ne point céder d’un pas, je la défiais.

Je n’avais pas peur d’elle. Je me moquais d’elle. Rien ne n’abandonnait, chaque soir, dans la chambre où je revenais, de tous mes désirs, de tous mes livres, de ces premières éditions d’Andromaque, du Misanthrope qui ne sauront jamais leur gloire, de ce Descartes qui se croit une œuvre anonyme sur la foi de sa première page, et aussi, parce qu’il presse quelques feuilles séchées, un herbier raté. Je puisais dans le bavardage seul de mes huissiers, de mes dactylographes, la force que l’on demandait autrefois à des philtres. Je négligeais Anne. Je l’oubliais. J’étais tout à mon travail, tout à ma flanerie... Cher printemps, qui n’appartenait qu’à la