Page:Giraudoux - Simon le pathétique.djvu/240

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


23 : intox LI PATHÉTIQUI

vice, — toute une vie de résignation soudain m’appela, tout un avenir s’ouvrit de tristesses chaque jour plus tendres où le souvenir d’Anne V me semblait déjà plus précieux qu’Anne elle-même, et, flottant autour d’elle, brouillait jusqu’à son aspect. A la voix qui criait : — Parle ! ou tu perds ta vie l — Parle ! ou Anne est perdue ! une voix répondait : — Tais-toi. Laisse ta cravate... Viens... Voix qui m’était, N hélas ! connue, qui m’avait répété, à chaque départ dans le hall Saint-Lazare : — Qu’·importe de voir Moscou, d’être à Brousse ! et me parlait V pour me séduire, de Vierzon, de Montchanin, de W la ville la plus laide de France ; voix d’un p démon assez vil pour amener autrefois, les matins de concours, devant le collégien de douze ans que j’étais, l’image même de la g mort et la faire grimacer à ses yeux jusqu’à ce qu’il pensât : — Qu’importe un accessit !... Nous mourons... Qu’importe un prix d’honneur !... Je me taisais. J’eus le temps de détacher d’Anne, sans regret, une à une, toutes les voluptés dont son nom est une promesse ; de notre chambre voir tomber la neige, être son mari, son amant, x tout cela ne me tentait plus, j’échangeai ses yeux, ses lèvres ; contre de beaux yeux sans