Page:Glatigny - Vers les saules, 1870.djvu/33

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Que tu m’as fait de mal ! Si tu pouvais savoir
Tout ce que j’ai souffert ? Si tu m’avais pu voir
Heurter en sanglotant mon front sur les murailles,
Et demander pourquoi l’heure des funérailles
Était lente à venir ainsi ? Quand j’ai reçu
Ce coup, je suis tombé. Ceux qui m’ont aperçu
Les premiers dans ma chambre ont dit : Pauvre jeune homme,
Il n’en reviendra pas ! Et le père Anthiome,
Tu sais, notre voisin, oh ! ce bon vieux ! c’est lui
Qui m’a le mieux aidé pendant ces jours d’ennui
À porter ma douleur. Tu lui tendras ta joue
Ce soir. Il ne faut pas trop lui faire la moue ;
Car il va te gronder, sois-en sûre. Ah ! mon Dieu !
Dis, tu n’essaieras plus de jouer à ce jeu ?


Henriette.

Pardonne-moi, Henri.


Henri.

Pardonne-moi, Henri.Oui. Car pendant ces heures,
J’évoquais devant moi les autres, les meilleures,
Celles qui se passaient en rires infinis ;
Je vivais ces moments à tout jamais bénis !
Et puis, l’illusion aidant à la mémoire,
J’étais heureux. Mon cœur était comme une armoire
Où tous mes souvenirs étaient numérotés.
Alors il me semblait te voir à mes côtés.
Oui, mon isolement et mes larmes brûlantes,