Page:Godwin - Caleb Williams, I (trad. Pichot).djvu/63

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vos rébus, vos couplets, vos balivernes, comme la chose la plus merveilleuse, sans que je m’en mette en peine le moins du monde.

— Monsieur Tyrrel, soyez raisonnable. Ne pourrais-je désirer votre éloignement comme vous le mien ? Je suis venu vous trouver comme mon égal et non comme mon supérieur. Dans la société des hommes, il y a des choses à supporter et des devoirs à remplir. Personne ne doit se figurer que le monde a été fait pour lui tout seul. Prenons donc les choses comme nous les trouvons, et accommodons-nous sagement aux inconvénients que nous ne pouvons éviter.

— En vérité, monsieur, voilà qui est parfaitement bien dit ; mais je reviens à mon texte : nous sommes comme Dieu nous a faits ; je ne suis, moi, ni philosophe ni poëte ; je ne saurais niaisement me façonner autrement que je ne suis. Quant aux conséquences, il en sera ce qui en sera ; nous ferons comme nous pourrons : il faut faire son pain selon sa farine. Ainsi, voyez-vous, je ne me creuserai pas la tête sur ce qui arrivera ; mais je me tiendrai, pardieu ! en bonne posture pour attendre tous les événements. Tout ce que je puis vous dire, c’est que, tant que je vous verrai vous jeter devant moi, toujours à la traverse, je vous haïrai comme une médecine noire ; et, Dieu me damne, si je ne crois pas que je vous hais encore plus pour être venu aujourd’hui avec vos diables de formes pragmatiques, quand personne ne songe à vous, pour me prouver seulement que vous êtes plus sage, que tout le monde ensemble.