Page:Godwin - Caleb Williams, I (trad. Pichot).djvu/66

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V


Peu de temps après, il se déclara dans le pays une maladie contagieuse, dont les ravages furent extrêmement rapides, et qui attaqua un grand nombre d’habitants. Une des premières personnes qui en éprouvèrent les atteintes fut M. Clare. On peut se figurer quel chagrin et quelles alarmes cet accident causa dans tous les environs. M. Clare y jouissait d’une considération presque au-dessus de celle d’un simple mortel. L’égalité de son humeur, la douceur de son commerce, l’extrême bonté de son cœur, jointes à ses talents, à l’aimable gaieté de sa conversation et aux richesses de son esprit, en avaient fait l’idole de tous ceux qui le connaissaient. Au moins n’avait-il pas un seul ennemi dans tout ce qui l’entourait. Son danger fut le sujet d’un deuil universel ; il semblait promettre une longue vie, et avoir à parcourir encore une belle carrière d’années et de gloire. Peut-être n’était-ce qu’une apparence trompeuse ; peut-être les efforts de son intelligence, plus violents et plus continus que ne l’aurait permis un juste ménagement pour sa santé, avaient-ils déjà jeté en lui les germes d’une maladie. Mais un observateur plus confiant aurait hardiment prédit que ses habitudes de tempérance, l’activité de son esprit et son enjouement inaltérable suffiraient pour tromper longtemps la mort, à moins