Page:Godwin - Les Aventures de Caleb Williams, I (trad. Garnier).djvu/34

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Je le revis sur le soir, il me parut assez bien remis ; ses manières, qui étaient toujours affables, furent alors beaucoup plus attentives et plus caressantes ; on aurait dit qu’il avait sur le cœur quelque chose dont il voulait se débarrasser, mais qu’il manquait d’expression pour le rendre. Je le regardai avec un œil mêlé d’inquiétude et d’affection. Il fit plusieurs efforts pour parler, mais sans succès ; il secoua la tête, et puis me mettant cinq guinées dans la main, il me la pressa d’une manière qui m’annonça que son ame était agitée d’une foule d’émotions différentes, mais qu’il m’était impossible alors de deviner. Cela fait, je le vis sur-le-champ se recueillir en lui-même, et se retrancher dans sa réserve et sa dignité habituelles.

Je compris bien que le secret était une des choses qu’il attendait de moi ; en effet, j’avais l’esprit trop disposé à méditer sur ce que j’avais vu et entendu, pour l’aller indistinctement communi-