Page:Goethe-Nerval - Faust 1828.djvu/54

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


ô le plus misérable des enfans de la terre ! Tu m’arraches au désespoir qui allait dévorer ma raison. Ah ! l’apparition était si gigantesque que je dus vraiment me sentir comme un nain.

Moi, l’image de la divinité, qui me croyais déjà parvenu au miroir de l’éternelle vérité ; qui, dépouillé, isolé des enfans de la terre, aspirais à toute la clarté du ciel ; moi qui croyais, supérieur aux chérubins, pouvoir confondre mes forces indépendantes avec celles de la nature, et, créateur aussi, jouir de la vie d’un Dieu, ai-je pu mesurer mes pressentimens à une telle élévation ?... Et comme je dois expier tant d’audace ! Une parole foudroyante vient de me rejeter bien loin !

N’ai-je pas prétendu t’égaler ?... Mais si j’ai possédé assez de force pour t’attirer à moi, il ne m’en est plus resté pour t’y retenir. Dans cet heureux moment, je me sentais tout à la fois si petit et si grand ! tu