Page:Goethe - Œuvres, trad. Porchat, tome VII.djvu/295

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CHAPITRE III.

Cette singulière lettre était écrite depuis longtemps ; elle avait couru de côté et d’autre, puis elle était enfin arrivée à son adresse. Wilhelm se proposa de profiter du premier messager, dont le départ était proche, pour faire une réponse amicale, mais qui serait un refus. Hersilie semblait ne pas calculer la distance, et il était alors trop sérieusement occupé pour sentir la moindre curiosité de savoir ce qui pouvait se trouver dans la cassette.

D’ailleurs quelques accidents arrivés aux hommes les plus vigoureux de cette laborieuse société lui fournirent l’occasion de montrer ses talents dans l’art auquel il s’était consacré. Et, comme une parole en amène une autre, une action succède encore plus heureusement à une autre action ; et si, à leur tour, elles amènent des paroles, celles-ci en sont plus fécondes et plus propres à élever l’esprit. Les conversations étaient donc aussi instructives qu’intéressantes ; car les amis se rendaient compte mutuellement de la marche qu’ils avaient suivie dans leurs études et leur conduite, et il en résultait un développement d’esprit qui les étonnait tour à tour, au point qu’ils avaient besoin de rapprendre à se connaître les uns les autres.

Un soir, Wilhelm commença donc son récit.

« J’ai fait mes premières études de chirurgie dans un grand établissement de la plus grande ville, seul théâtre où elles soient possibles. Je m’appliquai sur-le-champ avec ardeur à l’anatomie, qui est l’étude fondamentale.

« J’étais déjà fort avancé dans la connaissance du corps humain, et j’avais fait ce progrès d’une façon singulière, que nul ne pourrait deviner : c’était dans ma carrière théâtrale.