Page:Goethe - Le Renard, 1861, trad. Grenier.djvu/100

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Dame Girmonde était accablée de douleur, elle pouvait à peine parler ; mais elle prit sur elle et dit en soupirant : « C’est pour punir nos péchés que Dieu vous laisse ainsi réussir. » Pour Isengrin, il se tut, et Brun aussi ; tous deux étaient bien malheureux : prisonniers, blessés et raillés par leur ennemi, il ne manquait plus que le chat Hinzé ; Reineke aurait bien voulu lui jouer un pareil tour.

Le lendemain matin, l’hypocrite s’occupa à graisser les souliers qu’il avait pris à ses parents, s’empressa de se présenter devant le roi, et lui dit : « Votre serviteur est prêt à commencer son pieux voyage ; faites-moi la grâce de commander à votre aumônier de me bénir, afin que je parte d’ici avec l’assurance que tout mes pas soient bénis. » Le roi avait pour chapelain le bélier ; il était chargé de toutes les affaires ecclésiastiques et servait de secrétaire au roi ; on l’appelait Bellyn. Il le fit appeler, et lui dit : « Lisez-moi sur-le-champ quelques paroles sacrées sur Reineke pour bénir le voyage qu’il va entreprendre ; il va à Rome et passera la mer. Suspendez-lui la besace, et mettez-lui le bâton à la main. »

Bellyn répondit : « Sire, vous avez appris, je crois, que Reineke n’est pas relevé de son excommunication ; je m’attirerais des désagréments de la part de mon évêque, si j’agissais suivant votre désir. Il l’apprendrait, sûrement, et il a le droit de me punir. Je ne ferai rien à Reineke à tort et à travers. Si l’on pouvait arranger l’affaire et me garantir de tout reproche de mon évêque le seigneur Sansraison, et que le prieur Lasefund ne s’en fâchât pas, ou bien le doyen Rapiamus, je le bénirais bien volontiers selon votre commandement. »

Le roi répliqua : « Que signifie tout ce bavardage ? Vous avez dit beaucoup de