Page:Goethe - Le Renard, 1861, trad. Grenier.djvu/107

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


sûreté ici ? Notre château est si fort ! Quand même le roi nous assiégerait avec son armée et couvrirait la route de ses troupes, nous avons tant de portes secrètes, tant de sentiers inconnus, que nous échapperions toujours. Vous le savez mieux que moi, qu’est-il besoin de vous le dire ? Il faut bien des choses pour que nous tombions par force dans ses mains. Ce n’est pas cela qui m’inquiète. Mais ce qui m’attriste, c’est que vous ayez promis de passer la mer. Je puis à peine me calmer ; que pourrait-il en advenir !

—Ma chère femme, ne vous tourmentez pas, répondit Reineke, écoutez-moi et faites attention : il vaut mieux donner sa parole que sa vie. C’est ce que m’a dit autrefois un saint homme dans le confessionnal ; une promesse forcée ne signifie rien. Cela ne m’empêchera pas de continuer à faire des miennes. Mais il en sera comme vous avez dit : je reste ici. Dans le fait, j’ai peu de chose à aller chercher à Rome, et, quand j’aurais fait dix vœux, je ne tiens pas à voir Jérusalem. Je resterai près de vous ; la vie sera plus facile ; partout ailleurs je ne serai pas mieux qu’ici. Si le roi veut me faire du souci, eh bien, je l’attendrai ; il est plus fort et plus puissant que moi ; mais il peut m’arriver de l’ensorceler encore et de le coiffer encore une fois du bonnet des fous. Si Dieu me prête vie, il s’en trouvera plus mal qu’il ne pense, je le lui promets ! »

Bellyn se mit à crier à la porte avec impatience : « Lampe, ne sortirez-vous pas ? Venez donc ! Il est temps de partir ! » Reineke l’entendit, descendit bien vite, et lui dit : « Mon cher, Lampe vous prie de l’excuser ; il est en train de rire avec sa cousine, il espère que vous voudrez bien le lui permettre. Allez toujours en avant, car sa cousine Ermeline ne le