Page:Goethe - Le Renard, 1861, trad. Grenier.djvu/140

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ils édifient la sainte Église par leur bon exemple? qui les prend pour modèle? On se fortifie dans le mal, au contraire. Voilà ce qui se passe dans le peuple; comment le monde deviendrait-il meilleur?

»Mais écoutez-moi encore. Quand un enfant n'est pas légitime, qu'y peut-il faire? Il n'a qu'à se tenir tranquille, car voilà tout ce que je veux dire, comprenez-moi bien. Quand donc un bâtard se conduit humblement et n'irrite pas les autres par sa vanité, cela ne saute pas aux yeux et l'on aurait tort de gloser sur ces gens-là. Ce n'est pas la naissance qui nous fait noble et bon; on ne peut pas nous en faire une honte. C'est le vice et la vertu qui distinguent les hommes. On honore, et avec raison, des ecclésiastiques bons et bien instruits, mais les mauvais donnent un mauvais exemple. Quand un de ceux-ci prêche les meilleures choses, les laïques se prennent à dire: «Il dit le bien et fait le mal; lequel des deux choisir?» Il ne sert pas l'Église non plus, il a beau prêcher: «Imposez-vous et bâtissez des églises, je vous le conseille, mes chers frères, si vous voulez gagner des grâces et des indulgences!» C'est ainsi qu'il termine tous ses sermons, et sa contribution est bien mince, nulle même. S'il n'y avait que lui, l'église tomberait en ruine. Car il ne s'inquiète que de vivre le mieux du monde, de se parer de vêtements précieux et de se nourrir de mets délicats. Quand il s'est ainsi préoccupé outre mesure des choses de ce monde, comment pourra-t-il prier et chanter la messe? Un bon prêtre est journellement et à toute heure voué assidûment au service du Seigneur. Il ne songe qu'à faire le bien; il est utile à la sainte Église: il sait guider les laïques, par le bon exemple sur le chemin du salut jusqu'à la porte. Mais je connais aussi ceux qui sont des hypocrites; ils ne font que bavarder et criailler pour l'apparence, et recherchent toujours les riches; ils savent flatter et aiment par-dessus tout à se faire inviter. Si l'on en convie un à sa table, le second vient aussi; il en vient même encore deux ou trois. Au couvent,