Page:Goethe - Le Renard, 1861, trad. Grenier.djvu/156

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


pousse; nécessité n'a pas de loi, je suis dans mon droit.» L'homme lui répliqua: «Épargne-moi jusqu'à ce que nous arrivions auprès de gens qui nous jugeront impartialement.» Et le serpent dit: «Je patienterai jusque-là.» Ils continuèrent leur chemin et trouvèrent de l'autre côté de l'eau le corbeau Tirebourse avec son fils. Le serpent les appela et leur dit: «Venez et écoutez!» Le corbeau écouta gravement l'affaire et décida sur-le-champ qu'il fallait manger l'homme; il espérait en attraper un morceau. Le serpent ne se sentit pas de joie: «J'ai gagné, dit-il, personne n'a rien à y redire.— Non, répliqua l'homme, je n'ai pas entièrement perdu: est-ce à un brigand à me condamner à mort? est-ce à un seul à décider? J'en appelle suivant la procédure; portons l'affaire devant un tribunal de quatre ou de dix personnes.— Allons,» dit le serpent. Ils allèrent, rencontrèrent le loup et l'ours, et tous se réunirent. L'homme avait tout à craindre; car il y avait quelque danger à se trouver un contre cinq et avec de pareils personnages; car il avait autour de lui le serpent, le loup, l'ours et les deux corbeaux. Il avait assez peur; car le loup et l'ours ne furent pas longtemps sans rendre ainsi leur jugement: «Le serpent peut tuer l'homme; la faim ne reconnaît pas la loi: la nécessité délie de tout serment.» Le voyageur fut dans une grande détresse; car ils en voulaient tous à sa vie. Le serpent avec un sifflement horrible se jeta sur lui en lui lançant son venin; le pauvre homme l'esquiva avec terreur. «C'est une grande injustice que tu commets, lui cria-t-il; qui est-ce qui t'a rendu maître de ma vie?— Tu l'as entendu, répliqua le serpent, les juges en ont décidé deux fois et deux fois tu as perdu.» L'homme répondit: «Ce sont des voleurs et des assassins; je ne les reconnais pas pour juges. Allons trouver le roi; quelle que soit sa décision, je l'accepte;