Page:Goethe - Le Renard, 1861, trad. Grenier.djvu/197

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«Écoutez-moi et songez à ce que vous avez à faire; écoutez le conseil d’amis pleins d’expérience; il vous sera d’un grand secours. Buvez vaillamment et retenez votre urine, et, quand demain matin vous descendrez dans le champ clos, prenez-vous-y adroitement; arrosez-en complètement le bout de votre queue et cherchez à en frapper votre adversaire. Si vous pouvez lui en asperger les yeux, c’est ce qu’il y aura de mieux; il en perdra presque la vue; cela vous arrangera et il en sera bien empêché. Il vous faut aussi dans le commencement jouer la peur et vous enfuir rapidement contre le vent. S’il vous poursuit, faites de la poussière avec vos pieds afin de lui remplir les yeux de sable et d’immondices. Sautez alors de côté, étudiez tous ses mouvements, et, quand il s’essuiera, prenez votre avantage et aspergez-lui de nouveau les yeux avec cette eau corrosive afin qu’il devienne entièrement aveugle; qu’il ne sache plus où il en est, et que la victoire vous reste. Mon cher neveu, dormez quelques instants, nous vous éveillerons quand il en sera temps. Cependant, je vais réciter sur vous, à l’instant même, les paroles sacrées dont je vous ai parlé, et qui doivent vous fortifier.» Et elle lui imposa les mains sur la tête en prononçant ces paroles: Ne rœst negebaut geid sum namteflih duuda mein te dachs. «Maintenant, adieu, vous voilà invulnérable!» L’oncle Grimbert en dit autant; puis ils l’emmenèrent coucher. Il dormit tranquillement. Au lever du soleil, la loutre et le blaireau vinrent éveiller leur cousin. Ils le saluèrent amicalement en lui disant: «Faites bien vos préparatifs!» La loutre lui offrit alors un joli canard, en lui disant: «Mangez, je l’ai pris pour vous avec force bonds sur l’écluse de Painpoulet; puisse-t-il vous faire plaisir, mon cousin!

— C’est une bonne étrenne, dit joyeusement Reineke; je ne