Page:Goethe - Le Renard, 1861, trad. Grenier.djvu/52

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Hinzé le crut et le suivit; ils arrivèrent à la grange du curé. La muraille était de bauge; la veille, Reineke y avait fait un trou, et avait pris, pendant le sommeil du curé, le plus beau de ses poulets. Martinet, le neveu chéri du bon prêtre voulait en tirer vengeance; il avait adroitement préparé un nœud coulant devant l'ouverture. De cette façon il espérait se venger de la perte de son poulet sur le voleur, qui ne pouvait manquer de revenir. Reineke, qui s'était aperçu du manège, dit au chat: «Mon cher neveu, entrez hardiment par cette ouverture; je monterai la garde au dehors, pendant que vous chasserez aux souris; dans l'obscurité, vous en prendrez par douzaines. Ah! écoutez comme elles sifflent gaiement! comme elles babillent! Quand vous en aurez assez, vous n'avez qu'à revenir; vous me trouverez là. Il ne faut pas nous séparer ce soir; car, demain, nous partirons de bonne heure et nous abrégerons le chemin par de joyeux propos.--Croyez-vous, dit le chat, qu'on puisse entrer là en toute sûreté? car parfois les prêtres ont de la malice en tête.»

Alors le rusé renard répliqua: «Qui peut le savoir! Avez-vous peur? Alors nous nous en retournerons; ma femme vous recevra honorablement, elle vous fera un dîner agréable, et, si ce ne sont pas des souris, nous ne le mangerons pas moins de bon cœur.»

À ces mots ironiques de Reineke, Hinzé le chat sauta dans le trou et tomba dans le piège. Telle fut l'hospitalité que Reineke offrit à son hôte.

Lorsque Hinzé se sentit la corde au cou, il tressaillit; la peur le saisit; il se démena et bondit avec force: alors le nœud se rétrécit. Il appela Reineke d'une voix lamentable; mais lui l'écoutait à l'autre côté du trou et se réjouissait malignement; il lui glissa ces paroles dans l'ouverture: «Hinzé, comment trouvez-vous les