Page:Goethe - Le Renard, 1861, trad. Grenier.djvu/66

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Mais Grimbert, indigné, lui reproche cette rechute honteuse: «Est-ce ainsi que vous vous conduisez, malheureux oncle? Et voulez-vous retomber dans vos péchés pour un poulet, à peine au sortir de la confession? Voilà un beau repentir!» Et Reineke dit: «J’ai pourtant commis ce péché en pensée, ô mon cher neveu! Priez Dieu qu’il me le pardonne encore! Je ne le ferai plus jamais, et j’y renonce volontiers.» Leur chemin les conduisait tout autour du couvent; ils eurent à passer sur un petit pont, et Reineke se retournait pour regarder encore les poulets. C’

est en vain qu’il se contraignait; si on lui avait coupé la tête, elle aurait d’elle-même volé vers les poulets; telle était la violence de ses désirs. Grimbert le vit et lui criait: «Malheureux oncle, où égarez-vous vos yeux? Vraiment, vous êtes un affreux glouton!» Reineke répondit: «Vous avez tort, mon neveu; ne vous pressez pas tant, et ne troublez pas mes prières. Laissez-moi dire un _Pater noster_ pour l’âme des poulets et des oies que j’ai volés en si grand nombre à ces saintes femmes de nonnes!» Grimbert se tut, et Reineke le renard ne détourna pas les yeux des poulets aussi longtemps qu’il put les voir. Enfin, les deux voyageurs retombèrent sur la grande route et s’approchèrent de la cour. Mais, lorsque Reineke aperçut le donjon du roi, il tomba dans une profonde tristesse, car il était gravement inculpé.