Page:Goethe - Le Renard, 1861, trad. Grenier.djvu/98

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le couvre et le protège. Je vous ordonne donc à tous, sous peine de mort, de traiter désormais avec honneur Reineke, sa femme et ses enfants, partout où vous les rencontrerez, la nuit comme le jour. En outre, que je n’entende plus aucune plainte à son sujet ; s’il a mal agi, c’est dans le passé ; il veut s’amender et il le fera certainement. Car, demain, de bonne heure, le bâton à la main et la besace au dos, il partira pour Rome en pieux pèlerin, et, de là, il passera la mer ; il ne reviendra que lorsqu’il aura obtenu l’absolution complète de tous ses péchés. »

Là-dessus Hinzé se tourna avec colère vers Brun et Isengrin : « Maintenant, peine et travail, tout est perdu ; oh ! je voudrais être bien loin ; une fois rentré en grâce, Reineke mettra tout en œuvre pour nous perdre tous les trois. J’ai déjà perdu un œil, gare à l’autre ! —Le cas est difficile, dit Brun, je le vois. » Isengrin ajouta : « C’est par trop singulier ! Parlons au roi sur-le-champ ! » Il alla effectivement, avec Brun, se présenter, d’un air sombre, devant le roi et la reine ; il parla contre Reineke longuement et vivement. Le roi leur dit : « Ne l’avez-vous donc pas entendu ? Il est rentré en grâce ! » Le roi se fâcha, et sur l’heure les fit prendre, enchaîner et jeter en prison, car il se rappelait ce que Reineke lui avait dit de leur trahison.

Voilà comment les affaires de Reineke prirent une face toute nouvelle. Il se sauva, et ses accusateurs furent confondus. Il sut même s’arranger si adroitement, que l’on coupa à l’ours un morceau de sa peau, de la largeur d’un pied, dont on lui fit une besace pour le voyage ; son costume de pèlerin fut presque au complet. Il pria la reine de lui procurer des souliers en lui disant : « Puisque Votre Majesté daigne me reconnaître pour