Page:Gogol HalperineKaminsky - Veillees de l Ukraine.djvu/162

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d’une ceinture rouge autour des reins, qu’on lui mît sur la tête un bonnet d’astrakan terminé au faîte par une élégante calotte en velours bleu, un sabre turc au côté, une jolie pipe ornée d’arabesques à la main, il enfoncerait tous les garçons du pays ; mais le malheur était que le pauvre Petrus n’avait pour tout bien qu’un maigre cafetan gris percé de plus de trous qu’un Juif n’a d’écus dans sa poche. Après tout, ce n’eût pas été là un malheur irréparable. La vraie misère la voici : Maître Karja avait une fille, une beauté telle qu’il ne vous a pas été encore donné, je crois, d’en voir de pareille. Ma grand’tante disait (et vous savez, — sauf votre respect, — qu’on ferait plutôt embrasser le diable à une femme que de lui faire avouer qu’une autre femme est belle), ma grand’tante disait que les joues de la jeune Cosaque en question étaient aussi éclatantes de fraîcheur que la fleur d’un coquelicot du rose le plus tendre, alors que, lavée par la légère rosée du matin, coquette, elle flamboie, étend ses pétales et se pavane aux rayons du soleil levant ; elle comparait ses sourcils noirs, ombrageant ses yeux limpides