Page:Gogol HalperineKaminsky - Veillees de l Ukraine.djvu/26

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velle voie et s’entourent de paysages nouveaux et divers. Les rangées de moulins soulevaient sur leurs lourdes roues de larges nappes qu’elles rejetaient avec force en les brisant en pluie et en emplissant les environs de poussière humide et de bruit.

La charrette, avec les voyageurs que nous connaissons, roulait en ce moment vers le pont, et, la rivière, dans toute sa majestueuse beauté, s’étendait devant eux comme une seule glace. Le ciel, les forêts vertes et bleues, les hommes, les voitures chargées de poteries, les moulins, tout se renverse, surgit et marche les pieds en l’air sans tomber dans la splendide profondeur bleue.

Notre belle devint songeuse à ce magnifique spectacle et oublia même de faire craquer sous sa dent les graines de tournesol qu’elle était occupée à grignoter depuis le départ, lorsque tout à coup, les mots : « Ah ! la jolie fille ! » frappèrent ses oreilles.

Elle tourna la tête et aperçut sur le pont une foule de jeunes gens dont l’un, mieux vêtu que les autres, en svitka[1] blanche et en

  1. Cafetan, svitka en langue ukranienne.