Page:Goncourt - Journal, t5, 1891.djvu/37

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le monde. Il le défendait ainsi : « Oh, quoi que vous disiez, c’est toujours le grand Hugo, le poète des vapeurs, des nuées, de la mer, — le poète des fluides ! »

Puis il me prend à part, et me parle longtemps et amoureusement du DRAGON IMPÉRIAL, et de l’auteur. On sent qu’il est fier d’avoir créé cette cervelle. Le sens de l’Extrême-Orient qu’a la jeune femme, l’intuition qu’elle possède des grandes époques historiques, sa devination de la Chine, du Japon, de l’Inde sous Alexandre, de Rome sous Adrien, le remplissent d’un ravissement qu’il me verse dans l’oreille.

Et il ajoute que Judith s’est créé, qu’elle s’est faite toute seule, qu’elle a été élevée comme un petit chien qu’on laisse courir sur la table, que personne, pour ainsi dire, ne lui a appris à écrire.

Vendredi 9 février. — Beaucoup de collectionneurs aiment les dessins dans d’affreuses montures économiques. Beaucoup de bibliophiles aiment les livres, dans de médiocres reliures. Moi j’aime les dessins très bien montés et encadrés dans du vieux chêne sculpté ! J’aime les livres dont la reliure coûte très cher. Les belles choses ne sont belles pour moi, qu’à la condition d’être bien habillées.

Mardi 14 février. — Je dîne à côté de Ziem. Je lui