Page:Goncourt - Journal, t5, 1891.djvu/46

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jette sans compter dans un placard. Il achète quatre chevaux, il entretient la plus belle des Grecques, que possédait alors Nice.

Au milieu de tous ces bonheurs, il a la chance rare, me dit-il, de rencontrer une sérieuse amitié de femme, l’amitié d’une comtesse viennoise qui va prendre la direction de toute sa vie. Cette femme lui rappelle Rome, l’ambition de ses rêves d’artiste, et elle le décide à abandonner sa Grecque et ses quatre chevaux.

Il part pour Rome. Il s’arrête à Florence, où les musées ne lui font aucune impression. Il trouve que tous ces chefs-d’œuvre manquent de vie.

Enfin il est à Rome. Il voit Benouville peindre un paysage comme il les peignait ; se sent froid devant Raphaël ; est affecté par l’incoloration du pays, où tout est gris-violet. Il n’est frappé, n’est touché, n’est remué que par une chose : la sculpture. Grand trouble et grand désespoir. Il ne peut pas cependant se faire sculpteur.

Le voici à Naples. Là, il essaye de refaire de l’aquarelle. Les lignes ne lui semblent pas avoir d’assiette.

Il remonte alors toute l’Italie à pied, et arrive à Venise. Venise, du premier coup, il la sent : ça va être la ville de sa peinture. Il y trouve tout ce qu’il aime, la coloration, la mer, le meublant pittoresque de la marine.

Mais avant d’en faire sa patrie pour de longues années, il veut voir Paris, l’école de peinture de Paris.