Page:Gossuin - L’Image du monde, édition Prior, 1913.djvu/86

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ne en trois. Car il n’avint onques jour du monde que clergie et chevalerie et laboureeurs [1] de terre peiïsent [2] estre bien seües [3] a nul jour de leur vies par ·i· seul home [4], ne aprises, ne retenues. A l’une des trois seulement cou-[F° 23 d]vient penser, qui a droit la veut [5] aprendre. Et pour ce poserent ·iii· manieres de genz, sans [6] plus, en terre li philosophe. Car il vouloient enquerre droite verité.

Et queroient une cité au monde ou il peüssent [7] miex estre et demourer pour enquerre l’estre [8] de clergie, et pour eus [9] meïsmes adrecier, et pour ensaingner [10] les autres. Dont Athènes fu jadis une ; et la avoient leur commune et leur assamblée, et la regna premiere-[F° 24 a]ment chevalerie avec [11] la clergie. Et puis s’en vint a Romme qui orendroit est de grant regnon [12]. Et chevalerie revint après, qui adès se tenoit près de li. Et puis s’en renvint [13] en France, ou chevalerie a grant pouoir [14], plus qu’en [15] nul lieu du monde. Et ainsi habunde [16] li uns en [17] l’autre. Car chevalerie [18] suit touz jourz [19] clergie la ou ele va adès.

Dont li rois de France doit estre joians et liez [20], quant de son roiau-[F° 24 b]me [21] puet nestre tel seigneurie [22] comme est science de clergie, ou chascuns puis [23] sens humains, ne pour ce mains n’en i remist [24] il pas [* 1]. Car c’est ausi comme la fontainne [25] qui touz jours sort, et plus loing court [26] et plus est saine. Et que plus court li ruisiaus de la fontaine loing [27], tant y a il plus d’yaue et tant en puet l’en plus prendre a son besoing. Tout autresi vous puis je dire que Paris [F° 24 c] est la fontainne [28] ou l’en peut [29] plus puisier science que en autre lieu, qui avoir i peut [30] demourance. Et puis que il est ainsi que clergie est en France si avanciée, donques en devroient savoir par raison les hoirs de France, se il daingnioient [31]. Car ausi [32] comme li souleus [33] est li plus biaus des estoiles [34], et tant fet nestre [35] de biens au monde, pour la bonté qui habonde en lui ; autresi [36] doit miex valoir li rois des autres gens et plus a-[F° 24 d]voir [37] de sens et de clergie, si qu’il puisse, par sa vaillance, reluire entre les autres gens [38], et par l’essample de son bien fere [39], que il verront en lui, se puissent [40] a droit conduire et atraire a Dieu. Et ainsi seroit il rois a droit, et ci et en paradis. Si

  1. — A, B : laboureeurs ; N : laboureus.
  2. — B : terres peüssent.
  3. — A : senes, B : senez.
  4. — B : homme.
  5. — B : il veult.
  6. — B : sanz.
  7. — A : penssent.
  8. — B : l’eitre.
  9. — B : euls.
  10. — B : ensaignier ; « ensaingner » cf. note p. 69.
  11. — B : avoec.
  12. — B : renon.
  13. — B : revint.
  14. — B : pooir.
  15. — A : « en » manque : q nul...
  16. — B : habonde.
  17. — B : a.
  18. — A : Car lerie.
  19. — B : sieut touz iours.
  20. — B : liez et ioianz.
  21. — B : roialme.
  22. — B : seingnorie.
  23. — B : puisse ; « puis », cf. note f° 97 a.
  24. — B : remest.
  25. — B : aussi comme la fontaine.
  26. — B : sourt, et que plus court loing.
  27. — B : court loing le ruisel de la fontainne.
  28. — B : est orendroit la fontaine.
  29. — B : puet.
  30. — B : puet.
  31. — B : daingnoient.
  32. — B : aussi.
  33. — B : souleuls.
  34. — B : de toutes les estoiles.
  35. — B : fait naistre.
  36. — B : autressi.
  37. — B : genz et plus savoir.
  38. — B : genz.
  39. — B : faire.
  40. — B : puisse.
  1. * « ou chascuns... pas » : où chacun puise l’intelligence humaine sans qu’elle s’épuise (sans que pour cela il en reste moins).