Page:Gouraud - Dieu et patrie, paru dans La Croix, 1897.djvu/338

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Si tu avais voulu, Frida, près de moi tu aurais eu ta place naturelle.

— Je ne pouvais pas devenir Française. On ne prend pas volontiers le nom des vaincus.

— Ma fille, tu parles comme si déjà la vie t’avait coûté une expérience, tu es acerbe et rancunière. C’est l’effet du malheur sur certaines âmes. Ton père et moi n’avions rien de cette nature, il faut que celles qui t’ont élevée aient eu un cœur bien sec, bien égoïste et net de toute tendresse généreuse et enthousiaste, pour avoir jeté sur ta jeune âme un tel reflet. S’il n’était pas trop tard, je te dirais : Viens passer avec moi l’hiver qui commence, je serai à la frontière française pendant le service d’Henri, tu oublierais le projet qui divise en ce moment la famille, tu connaîtrais un peu l’affection maternelle et tu abandonnerais vite ton jugement préconçu.

— Tante ne consentira pas.

— Essaye de le lui demander. Dis à ta tante ce que tu viens de me dire : le souci de tes soirées solitaires. Elle souhaite ton bonheur. Moi, peut-être, pourrais-je, par la nouveauté du milieu, t’apporter un peu de plaisir, et puis surtout — ceci est mon suprême argument — tu apprendras à mieux connaître la religion à laquelle tu appartiens et au sujet de laquelle ton instruction a été grandement négligée. En même temps, nous rechercherons en nos deux cœurs le