Page:Gouraud - Dieu et patrie, paru dans La Croix, 1897.djvu/339

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lien naturel, distendu, non brisé : quand tu étais bébé et que je t’endormais le soir, en chantant de vieilles ballades bretonnes, tu me souriais, et tes petites mains s’accrochaient à moi aussitôt que la nourrice voulait te reprendre. Ma fille, veux-tu redevenir bébé ? »

Michelle, à ces mots, avait penché la tête de sa fille sur son épaule, elle embrassait doucement ses yeux humides.

Frida rendit un peu l’étreinte, une larme roula sur sa joue.

« Il est trop tard, mère, sauf le lien physique, rien de commun n’est demeuré entre nous. À travers tant d’années les plus longues de la vie, celles dont on se souvient toujours, il y aura toujours la lacune de ta présence, de ton influence ; je ne pourrais pas ; l’enfance n’est plus, la jeunesse est née et avec elle d’autres rêves hantent ma pensée. Cet hiver, je me marierai. »

Michelle soupira profondément.

« Pas avec Vasili Ogaref.

— Si je puis y parvenir, ce sera avec lui. À l’instant, je l’avisais par cette lettre des projets de mon frère. Il est très délicat, très bon. Je pense qu’il ne voudra pas, ainsi que le dit Wilhem, jeter plus de désunion dans une famille qui déjà tient à peine. Mais alors j’accepterai Ulric d’Urach, notre voisin. Celui-là, un vrai Badois, descendant des Zaeringen, les fondateurs de Fribourg, appartient à une noble famille catholique. Ses ancêtres défendirent Fribourg contre Turenne et Condé en 1644. Il habite le château de Gunterthal.

— Comme tu voudras, puisque je ne puis rien pour ton bonheur, arrange-le toi-même. J’ai d’ailleurs si mal combiné le mien qu’en effet, je ne dois pas porter chance. Mainte-