Page:Gourmont - Sixtine, 1923.djvu/149

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— Je ne comprends rien à tout cela, dit Pavona. Je n’ouvre jamais les yeux par une très élémentaire raison, c’est que je n’en ai pas. Mais je t’aimerai bien tout de même, va !

— Tu n’as jamais essayé ?

— D’ouvrir les yeux ? Non, à quoi bon, puisque je n’en n’ai pas. Attends, je me souviens d’un oracle que me chanta la Bohémienne, jadis, quand j’étais toute petite. Il y avait au refrain :

Mais quand on vous dira : Je t’aime !
Vos beaux yeux s’ouvriront d’eux-mêmes.

Guido trouva cela très naturel.

Ils s’arrêtèrent eu une riche hôtellerie, éclatante comme un palais, et on les reçut comme des princes.

Précédés d’un valet, ils montaient, montaient, montaient, comme vers le ciel.

— Porte-moi, Guido, ou je serai bien fatiguée, dit Pavona.

Guido la prit dans ses bras. Ils montaient, montaient, montaient comme vers le ciel.

— Embrasse-moi, Guido, ou je vais bien m’ennuyer, dit Pavona.

Guido baisa les paupières closes. Ils montaient, montaient, montaient, comme vers le ciel.

— Voici, dit enfin le valet, l’appartement de Vos Seigneuries.

La porte multicolore, vraiment, s’embrasait de flammes, car elle était d’argent et toute semée de diamants.