Page:Gourmont - Sixtine, 1923.djvu/168

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dans la science, les théories de Büchner ou dans les lettres, celles de M. Zola.

« Ah ! je me fâche contre l’ignorance ; c’est pire encore que de guerroyer contre la sottise. Et puis, parmi ceux qui ne savent pas, beaucoup voudraient savoir : ce n’est pas leur faute. Quelques-uns suffisent, d’ailleurs : il n’y a que les sommets qui comptent. C’est sur les montagnes que s’allumaient jadis les fanaux annonciateurs des grandes nouvelles. »

Cette dernière réflexion était assez désintéressée : il se considérait volontiers comme un sommet, mais nul fanal, il le savait aussi, n’y resplendirait jamais. Il n’avait aucune grande nouvelle à annoncer que le monde fût prêt à entendre. Sans doute que, comme d’autres, il était venu trop tard ou trop tôt. Les oreilles se boucheraient s’il ouvrait la bouche, car il ne pouvait répéter que la vaine parole des prophètes : Nisi Dominus ædificaverit domum in vanum laboraverunt qui ædificant eam

— Tiens ! que fais-tu là tout seul, à te promener comme un inspiré ?

— Ah ! mon cher Calixte, je m’ennuie jusqu’au vomissement.

— Veux-tu que nous passions la soirée ensemble ? demanda Héliot. Tu sais, je ne suis guère distrayant, mais nous causerons.

— Entendu, dit Entragues, en prenant le bras de son ami, je m’accroche à toi, comme un naufragé à une épave.

— Mais, reprit Calixte en riant, je ne suis nullement le résultat partiel d’un naufrage. Je me comporte