Page:Gourmont - Une nuit au Luxembourg, 1906.djvu/155

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rêves pieux aussi bien que des rêves révolutionnaires. Je ne puis rien, mais je ne n’ai jamais désiré ni le règne de l’égalité ni celui de la sainteté. J’aime mieux respirer vos fleurs que vos âmes et vos femmes que vos intelligences. Vos fleurs ! Vous le dirai-je ? Nous n’avons pas de fleurs ; nous n’avons que celles qui fleurissent naturellement nos champs sans culture, nos forêts sans chemins ! Les dieux ne travaillent pas…

Mon maître cueillit une magnifique rose nacrée, une rose belle comme un visage de femme, et il resta longtemps silencieux. Je compris qu’il réfléchissait. Il murmurait :

« Travail : cette rose est un travail… »

Il la comparait dans son esprit aux grâces frêles de l’églantine.