Page:Gourmont - Une nuit au Luxembourg, 1906.djvu/32

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non sans avoir noté que la figure très pâle était des plus douces et des plus intelligentes. Il me sembla même discerner sur ces traits délicats un sourire d’une ironie infiniment bienveillante, comme j’en ai vu sur certains portraits de beautés lombardes. Ce sourire enchantait et intimidait en même temps. « Ce me serait un grand bonheur, me disais-je, les yeux toujours baissés, de pouvoir jouir encore une fois de ce sourire », mais je n’osais pas regarder l’inconnu qui, je le devinais, continuait, lui, de me regarder. Je ne tremblais plus, je me sentais dans cette sorte d’état de confusion heureuse que l’on éprouve près d’une femme aimée et redoutée. Je n’attendais rien, et pourtant il me semblait qu’il allait arriver quelque chose.

Nous étions à peu près à trois pas l’un de