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A
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où il existe, ne correspond point à l’a gréco-italique, lequel est rendu par ô (frâter, goth. brôthar), mais il exprime l’é gréco-italique, ainsi v. haut allemand, unir « vrai », latin vêrus. En anglo-saxon, â long est le plus souvent la contraction de la diphtongue ai. — L’a du slave ecclésiastique, quoique de quantité brève, ne doit pas être pris pour le représentant de l’ancien â bref. Il vient toujours d’une voyelle longue quù peut être â ou à : mati mâter, bratrü fritter ; dva Sûw, darü Swpov. L’ancien d bref est changé dans cette langue en o (osi axis, bobü faba). — L’a des langues baltiques (borussien, lithuanien, lette) répond à l’a germanique et à l’o slave, c’est-à-dire soit à l’a, soit à l’o gréco-italique. — L’â long n’a pas la même valeur en lette qu’en lithuanien. Deus le premier idiome il est la continuation d’un â long primitif. Dans le second, la quantité longue de l’a n’est jamais qu’un effet récent de l’accent tonique sur un â bref de sa nature, tandis que tout d originairement long s’est changé en 6. A la différence du slave et du germanique, le lette et le lithuanien distinguent tous deux l’ancien ô (qu’ils rendent par û) de l’ancien d, qu’ils rendent, le premier par â, le second par ô.

Dans le système vocalique des langues ariennes (sanscrit, perse, zend), on est frappé à première vue de l’énorme prédominance de l’a (bref et long). Rien de plus fréquent en sanscrit que le retour de cette voyelle dans six ou sept syllabes consécutives. Ceci s’explique par le fait que les trois timbres vocaliques a, e, o, des langues européennes ont cessé d’être distincts pour les Indu-Iraniens et se sont confondus en un seul. Ainsi ipépovzo est en sanscrit abharanta, Swrr(p data, etc. — Cette singularité phonétique des langues ariennes fut longtemps pour la grammaire comparée la source de graves méprises. Se fiant trop au témoignage du sanscrit, elle ne douta pas que l’état primordial ne fût celui de cette langue qui, de même que l’arabe dans la famille sémitique, ne connaît d’autres voyelles brèves que les trois extrêmes a, i, u. En conséquence l’e et l’o, desquels dépend pourtant intimement la structure de l’idiome indo-européen, furent qualifiés dégénérescences postérieures de l’a. Par une coïncidence curieuse, le plus ancien des dialectes germaniques, le gothique, en est venu à la suite d’une série d’altérations à un état des voyelles brèves presque identique à celui du sanscrit, circonstance qui ne pouvait qu’entretenir l’erreur. — La grande importance que cette théorie donnait à l’a conduisit, sur la nature et le rôle historique de cette voyelle, à des divagations qui le cèdent à peine à celles des Court de Gebelin et des de Brosses. Ce fut la voyelle par excellence, la plus ancienne, la plus forte, la plus noble des voyelles. On s’imaginait en particulier que si a, avèe le temps, pouvait « s’affaiblir » en e, o, i, u, en revanche tout a existant était de sa nature primitif, aucune autre voyelle n’étant capable de l’engendrer. Le mérite d’avoir assigné à l’a sanscrit sa véritable place revient principalement à M. Brugman. — Enfrançais, a vient, la plupart du temps, de a latin tonique entravé (c’est-à-dire suivi d’une consonne dans la même syllabe) : vacca vache, battuere battre, cappa chape, flamma flamme, passus pas, carta charte, carmen charme, pasta paste, pâte. L’a latin tonique libre aboutit, au contraire, au son e (par é, è, ou ai) : ligatus lié, faba fève, ala aile ; patrem, oapra, père, chèvre (parce que les deux consonnes appartiennent ici à la seconde syllabe). L’a venant de as devant une consonne est resté long (âne, pâte). Il faut distinguer l’d long ouvert de pâte de l’d long fermé de flamme. — L’a allemand moderne est la continuation de l’a du vieil allemand. De même que ce dernier, il peut être long ou bref, mais la quantité actuelle des voyelles allemandes est établie sans égard à la quantité ancienne, dont le principe, encore vivant en moyen haut allemand, est aujourd’hui perdu. Ainsi thal « vallée », zahn « dent », où la voyelle est à présent longue, avaient une brève en vieil allemand. Inversement ich brachte « j’apportai », par â bref, remonte au vieil allemand brdhta.

II. LA LETTRE A. – Pour ce qui touche à la forme des


lettres, et aux variations de cette forme, suivant les temps et les lieux (V. A [Paléographie]). Le linguiste n’a pas à considérer le signe en lui-même, mais la valeur phonétique attachée à ce signe dans les divers systèmes d’écriture. S’il s’agit d’une langue morte, c’est à lui qu’il appartient de contrôler la tradition à cet égard. — La liste des emplois successifs de certains signes serait quelquefois fort longue (par ex. : pour u, y, c, h, x) ; mais la première lettre de notre alphabet est de celles dont la fonction a le moins varié à travers les siècles. Le moment capital de son histoire se place à l’origine même, à la transformation de Palet phénicien, signe consonantique, en l’alpha grec, exprimant une voyelle. On sait que toutes les autres voyelles de l’alphabet grec sont de même dérivées de signes consonantiques, les seuls que connut l’écriture sémitique. Les Hellènes choisirent pour cet usage les lettres dont le son se rapprochait le plus de celui d’une voyelle, savoir celles qui marquaient soit une semi-voyelle, soit une gutturale douce, soit une simple aspiration. Parmi les dernières est l'alef. Depuis cette époque reculée, le signe A transporté dans une foule d’écritures issues directement ou indirectement de l’alphabet grec (latine, runique, ulfilane, copte, cyrillienne, glagolitique, arménienne, géorgienne), n’a vu nulle part sa valeur se modifier sensiblement. II faut excepter le cas de l’orthographe anglaise, dans laquelle, grâce au changement de prononciation, a en est arrivé à désigner dans la grande majorité des mots è ouvert ou é fermé. — Parmi les écritures du système syllabique, l’écriture dévandgari (employée pour le sanscrit et plusieurs langues modernes de l’Inde) mérite d’être mentionnée comme donnant en quelque sorte à la voyelle a un rang privilégié. Cette voyelle doit se sous-entendre après chaque consonne tant qu’aucun signe n’est ajouté à la consonne pour marquer, soit une autre voyelle, soit l’absence de voyelle. L’écriture cunéiforme des inscriptions perses et l’écriture éthiopienne présentent un fait semblable. ***.

A (Paléogr.). C’est à l’alphabet phénicien, on le sait, qu’il faut remonter pour trouver la forme primitive qu’ont eue les lettres de tous les alphabets en usage aujourd’hui (V. ALPHABET). L’alphabet phénicien ne connaissant pas de voyelles, le signe d’où dérive notre A n’y avait pas cette valeur. La forme de, ce signe est elle-même dérivée de l’un de ceux que les hiérogrammates égyptiens de l’ancien empire employaient pour rendre les articulations sémitiques. Du signe phénicien dérivent tous les caractères par lesquels l’A a été représenté dans les six groupes ethniques qui ont emprunté leur alphabet aux Phéniciens : les Sémites, les Grecs, les Italiens, lés anciens habitants de l’Espagne, les peuples germaniques et scandinaves, et enfin les Indiens. On trouvera à l’article Alphabet des tableaux qui montrent la dérivation des différents alphabets en usage dans chacun de ces groupes. Il suffira d’indiquer ici quelles ont été les principales transformations de’la lettre A, d’abord chez les Grecs et en Italie, puis dans les écritures latines de l’occident. Le premier tableau fait voir comment l’A de l’alphabet dit Cadméen est dérivé du phénicien et a donné à son tour naissance à la même lettre des anciens alphabets grecs.

On sait que de ces divers alphabets, c’est l’ionien qui a fini par prévaloir, et qui, dans sa forme la plus régulière, est devenu l’alphabet de tous les Grecs au commencement du ive siècle avant notre ère. Il est inutile de montrer ici les formes onciales et minuscules de l’A grec, ces transformations ayant été à bien peu près les mêmes que celles de l’A latin dont on verra plus loin des exemples. Quant à la forme de l’a minuscule qui a fini par prévaloir, et qui de l’écriture a passé dans la typographie, on sait que ce n’est pas autre chose que l’a de l’écriture de Lascaris qui a servi de type pour la gravure des premiers caractères grecs.

Le deuxième tableau montre la transformation de la même lettre dans les écritures des divers idiomes de l’Italie ancienne et dans l’alphabet latin.