Page:Groulx - Jeanne Mance, 1954.djvu/11

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Dieu dans l’embrassement ineffable de la charité. Les mystiques de France se sont groupés, pour une part, en une association qui porte le nom de « Compagnie du Saint-Sacrement ». Et il se trouve que quelques-uns des plus grands mystiques sont aussi quelques-uns des plus grands personnages du royaume. Serez-vous étonnés d’apprendre que la demoiselle Mance s’est trouvée bel et bien mêlée à cet autre mouvement religieux ? Ses père et mère sont affiliés à la Compagnie, et depuis 1616. Autre voix qui se fera donc entendre dans une maison de Langres et qui nous fournit, sur la vocation de notre héroïne, une indication précieuse et plus précise.

Je vous prie d’observer en effet que ces mystiques de la « Compagnie du Saint-Sacrement » compteront tout à l’heure, pour une bonne part, c’est-à-dire vingt et un d’entre eux, parmi les Associés de Notre-Dame de Montréal. Une œuvre, un idéal, entre autres, séduit à ce moment l’élite catholique de France : l’idéal missionnaire. Après les effroyables déchirures du protestantisme, ces âmes ardentes éprouvent le besoin de recoudre la robe du Christ. Pour tant de pertes subies, elles brûlent de reconstituer le patrimoine de l’Église par l’annexion d’autres terres. Et voilà qui les fait se tourner, avec les plus beaux espoirs, vers les nouveaux mondes, vers les missions. La conscience d’une particulière et pressante responsabilité, d’un devoir plus exprès, plus exigeant, les y pousse : porter la foi à des peuples plus malheureux, leur semble-t-il, que les peuples d’Asie ou d’Afrique, parce que restés, depuis quinze siècles, non seulement en dehors de toute atteinte de la Rédemption, mais en dehors de l’humanité. Ces peuples nouveaux se présentent, en effet, à l’Europe avec une séduction toute particulière : l’attrait de peuples millénaires dont la soudaine découverte, dans leur grande île continentale, éveille autant de surprise que l’eût fait la découverte d’un astre habité.