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II

Personnalité de Jeanne Mance


La joie suprême de l’historien restera toujours, à travers l’innombrable complexité des faits, de rejoindre les âmes et de se pencher sur elles. C’est qu’elles sont là, dans leurs gestes, leurs comportements et que, sur cette fresque ou ce film magique que l’historien fait se dérouler sous ses yeux, on les y peut trouver, les saisir sur le vif aussi facilement que l’historien de la littérature ou de l’art les découvre dans les œuvres littéraires ou artistiques. Images de Dieu, déformées ou non, ces merveilles n’épuisent jamais la curiosité du chercheur. Et quel sujet d’étude qu’une âme royale, de la famille spirituelle à laquelle appartient l’héroïne montréalaise !

Je me demande si le grand public de chez nous se fait une image bien exacte de la compagne de Marguerite Bourgeoys et de Maisonneuve. Je ne sais même si le portrait physique que l’on nous a conservé, cet « ancien crayon d’un auteur inconnu », n’est point responsable de l’image un peu fade que nous gardons de l’héroïne. Voyez, sous la calotte ou la coiffe blanche, ces cheveux presque trop bouclés ou trop soyeux ; ce front haut, très haut, qui, entre les deux tresses de la chevelure, se termine presque en cône ; ces yeux qui ont l’air de regarder le monde avec une candeur trop naïve, les lèvres ramassées avec trop de préciosité. Tout l’ensemble, je le crains, donne l’impression d’une petite personne gracieuse, mais timide, trop impressionnable. Avec un peu d’imagination, le « crayon » nous ferait même soupçonner une tête légèrement romanesque, facilement tentée par l’aventure, fût-ce la plus noble. Au vrai, que savons-nous de son apparence ou de