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fondatrice d’hôpital, et d’un hôpital en Canada, à l’autre bout du monde, en pleine sauvagerie ?

L’hospitalisation, l’Église à peu près seule l’assume alors dans le monde, comme l’une de ses principales fonctions, l’un de ses services sociaux. Il est bien remarquable que, parmi les cinq fondateurs de l’Église canadienne, deux sont des hospitalières. Au Canada l’hospitalisation prenait le caractère d’un acte de suprême charité : ce qui, pour le dire en passant, nous explique un peu l’étrange naissance de Ville-Marie autour d’un projet d’hôpital. Rares à l’époque les arrivées de voiliers transatlantiques qui n’apportent point dans la colonie canadienne des épidémies. Les épidémies sévissent, à l’état chronique, parmi les sauvages. Quelle tragédie, par exemple, que l’histoire des Hurons ! De 30,000 environ qu’ils étaient, au début des missions des Récollets et des Jésuites, ils ne sont plus, vers 1650, lors de la destruction de la Huronie par les Iroquois, que 10,000 à 12,000 âmes. La guerre les a décimés, sans doute, mais plus affreusement les épidémies, impitoyables faucheuses de vies humaines, au milieu de ces nations ignorantes de toute hygiène. Du reste, Ville-Marie s’écarterait notablement du dessein de ses fondateurs. La ville-missionnaire allait devenir, par la force des choses, la ville guerrière. L’hospitalisation n’y prendrait qu’une place plus considérable. Pour un temps, nulle autre forme d’apostolat, ou peu s’en faut, n’y pourrait être exercée. Autre circonstance qui élève le rôle de l’Hôtel-Dieu de Montréal et celui de Jeanne Mance.

Ce rôle, Jeanne l’allait pourtant largement dépasser. D’aucuns persistent à s’étonner que Ville-Marie ait pris naissance autour d’un projet d’hôpital. Ceux-là ne trouveront pas moins à s’étonner que ce soit par l’hospitalière et grâce au concours de l’hôpital que, trois fois, en trois heures critiques, Ville-Marie sera sauvée. Une première fois en 1650. Le regroupement s’impose des Associés de Notre-Dame