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L’APPEL DE LA RACE

— Parfaitement, appuya William. Quelle est donc cette religion nouvelle qu’on nous prêche, qui tend à séparer le frère de la sœur, le mari de la femme ? Je trouve, moi, que quelqu’un ici a pris du temps à s’apercevoir de la supériorité française. Et je n’ai que faire de Racine et de Bossuet pour trancher ce débat.

Lantagnac dont le cœur battait trop fort, descendit un degré de l’escalier. À ce moment se fit entendre une seconde fois, la voix autoritaire de Wolfred :

— Allons, William, tu fais toujours la mauvaise tête. Reste donc convenable. Qu’avais-tu besoin aussi d’ouvrir ce débat ? Ces sujets sont de ceux que l’on n’aborde point ici où papa ou maman peuvent nous entendre…


Lantagnac rentra dans son cabinet. Les propos de William l’accablaient. Il reconnaissait bien là le trop fidèle élève de Duffin. Et les allusions de Nellie aux chagrins et aux menaces de Maud ! Pouvait-il encore s’illusionner ? Les enfants n’ignoraient aucune péripétie du drame familial ; et le danger de la séparation n’était bel et bien qu’ajourné.

Hélas ! par ce triste privilège qu’ont les chagrins d’aller parfois se réveiller et s’accroître les uns les autres, maintenant que les propos de tout à l’heure lui ont révélé la profonde division des âmes à son foyer, un incident du jour de l’an qui, en ce temps-là, n’avait qu’assez peu cha-